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Tango
Valérie Onnis
Daniel Darius

La "caminata": la marche du tango argentin

Nous nous tournons maintenant vers une question cruciale dans l'enseignement du tango : la caminata, la "marche"" du tango n'est-elle une des bases les plus importante du tango, peut-être la base la plus fondamentale, essentielle ? comme les bases du tango telles que nous les enseignons comme "fondamentaux du mouvement", la "marche tangera" n'est pas une figure de danse, soit-elle une figure de base. Quel est le lien entre les fondamentaux et la marche du tango ?

Nous aborderons cette question sous trois angles* :

*Notre approche de la pédagogie du tango, tout ce que nous présentons ici, est protégé par nos droits d'auteur, dont la version imprimée sera publiée ultérieurement.

L'éloge de la marche dans le tango

La marche du tango, la "caminata" (prononcée "caminada"), est une marche rhythmée que le deux partenaires accomplissent ensemble. Cette fameuse "marche" qui implique dans un seul mouvement toutes les "bases du tango" (qui sont pour nous les cinq dimensions fondamentales).

C'est en ce sens que la marche est fondamentale pour nous. Il nous semble donc très juste de travailler les fondamentaux à partir de la marche - comme le font par exemple Rosa et Carlos Perez, un couple de tango parmi nos maîtres, à leur fameuse "pratique de tango", à Sunderland, un quartier de Buenos Aires. Dans la salle de cette pratique, des lignes blanches au sol, toutes droites et parallèles, permettent de pratique la marche dans des conditions d'exercice ou de danse. Dans chaque pratique de Carlos et Rosa, les danseurs, hommes et femmes séparés, pratiquent la marche pendant une demie heure avant toute danse à deux. C'est un travail de base.

C'est en ce sens que l'on peut observer un engoument généralisé, même une "éloge de la marche" ces dernières années.

La marche et les fondamentaux

Toutefois, dans nos cours et stages, nous faisons l'expérience suivante : nombre de danseurs, qu'ils soient débutants ou plus avancés, se heurtent à deux difficultés au sujet de la marche. La simple marche elle même est déjà un mouvement difficile que l'on ne peut pas toujours aborder de front.

En ce sens, il n'est pas très utile de faire marcher les débutants pendant des semaines, ou même des mois, avec l'idée de leur apprendre les figures uniquement s'ils maîtrent déjà la marche. La marche condensant déjà toutes les dimensions fondamentales du tango, il est difficile d'apprendre les fondamentaux uniquement à partir de la marche. Une double conséquence non-voulue peut facilement en suivre : les débutant risquent de n'apprendre ni la marche ni les fondamentaux de manière satisfaisante, contractant déjà ce que l'on aime appeler "des mauvaises habitudes". Au lieu de se libérer des aspects inutiles ou nuisibles de leur corps socialisés, ils les renforcent : la rencontre avec le tango comme occasion de libérer le corps et le mouvement naturels sera ratée d'emblée. Car, s'il est vrai que la caminata engage tous les fondamentaux  du tango en même temps, elle est elle-même un mouvement complexe, composé de mouvements plus élémentaires, que nous avons décomposés en 5 dimensions principales (voir >5 dimensions fondamentales du tango)

Ainsi, la marche n'est pas le mouvement le plus simple ou élementaire du tango. Elle joue un rôle intermédiaire : entre, d'une part les figures (simples ou complexes) et, d'autre part les mouvements élémentaires ou fondamentaux. Elle condense en elle les 5 dimensions dans un mouvement simple du tango, le mouvement de fond de toutes les figures. C'est la marche qui donne son caractère particulier au tango, sa rythmique et son allure félline. Bref, la marche est plus fondamentale que les figures, mais elle l'est moins que les mouvements élémentaires, intérieurs.

Enseigner la marche

Pour notre enseignement, nous en tirons plusieurs conséquences:

  • - la pratique de la marche a une place importante, essentielle dans nos cours, non seulement pour les débutants, mais aussi pour les autres niveaux ; en cela nous nous rejoignons à l'éloge de la marche.
  • - il nous semble pourtant vain de pratiquer la marche pendant longtemps sans travailler les 5 dimensions des fondamentaux, en les décomposant et en les intégrant.
  • - d'autre part, il nous semble important de travailler les fondamentaux indépendemment de la marche. C'est ici que les autres danses (classique et contemporaine) et les autres pratiques corporelles (yoga, Feldenkrais, energétique chinoise) nous viennent à l'aide.